Efficacité de la Luminothérapie

LUMINOTHERAPIE CONTRE DEPRESSION : LES PREUVES SCIENTIFIQUES
Le traitement par la lumière de la dépression hivernale est soutenu par des dizaines d'études démontrant des résultats positifs (bien que certaines études montrent des résultats insatisfaisants). Les directives de pratique clinique publiées par le ministère américain de la santé reconnaissent la luminothérapie comme un traitement pour combattre la dépression de l'hiver.
Jusqu'à récemment, il n'y eut que très peu d'études concernant la luminothérapie en traitement contre la dépression non saisonnière ; toutefois, on retrouve maintenant au moins 15 études contrôlées démontrant que la luminothérapie permet de réduire les symptômes de la dépression non saisonnière. Les scientifiques mesurent le degré de dépression des patients avant et après le traitement, grâce à des méthodes descriptives appelées échelles d'évaluation de la dépression. Par exemple, un médecin parle au patient et donne une note évaluatrice pour décrire à quel point le patient se sent triste, coupable, sans appétit, suicidaire et ainsi de suite pour obtenir une note globale de dépression. Une des méthodes d'évaluation les plus utilisées est l'échelle d'évaluation de la dépression d'Hamilton. Parce que les personnes dépressives récupèrent en général spontanément, avec le temps, l'évaluation de la dépression des patients qui ont reçu un traitement inactif chute avec le temps. Donc, même si les personnes dépressives volontaires pour les recherches reçoivent une pilule placebo inactive ou une lumière inactive, leur taux de la dépression diminuera après 8 ou 16 semaines. Lors d'un essai clinique, les volontaires reçoivent de manière aléatoire soit un traitement actif (luminothérapie ou antidépresseurs), soit un placebo inactif. Pour déterminer le taux moyen de rétablissement dû au traitement actif, j'ai pris en compte le niveau de référence de l'évaluation qui était de 100%; ensuite, on calcule la note en pourcentage par rapport au niveau de référence à la fin de l'essai clinique pour le traitement actif et le traitement témoin. Enfin, le bénéfice net du traitement actif est calculé comme la différence entre le pourcentage de la diminution de la dépression due au traitement actif et le pourcentage de celle due au traitement témoin.
Une de nos premières recherches sur la luminothérapie a porté sur seulement une heure de traitement par la lumière de patients hospitalisés pour des dépressions non saisonnières. Les patients furent réveillés pour recevoir le traitement entre une et deux heures avant l'heure de réveil habituel, de façon à ce qu'ils suivent une ou deux heures de thérapie de réveil à la fin de la nuit. Cette technique s'appelle maintenant ''thérapie de réveil'' parce que l'appeler '' privation de sommeil'' prête à confusion. La plupart des patients ne prenaient pas de médication mais certains étaient sous antidépresseurs pendant la luminothérapie. Comparé à un traitement témoin d'une heure sous une lumière placebo, qui produisit la même réduction du temps de sommeil, la luminothérapie a permis de réduire l'indice d'humeur de 12% environ. Comme il le sera expliqué plus tard, un gain net de 12% comparé au placebo est semblable aux bienfaits dûs aux antidépresseurs après plusieurs semaines de traitement ; il fut donc étonnant de voir qu'un bénéfice aussi important ait pu être obtenu en seulement une heure de traitement.
Dans la prolongation de nos recherches initiales, on traita 25 patients qui ne prenaient pas de médication avec une luminothérapie tous les jours pendant une semaine et 26 autres patients avec un placebo de lumière faible. Le taux de dépression avait diminué de 18% après la luminothérapie par rapport au traitement placebo, un bénéfice très important du point de vue statistique. Ces informations ainsi que d'autres données permettent de supposer qu'un traitement d'une semaine apportent plus de bienfait qu'un traitement d'une heure seulement. Plus récemment, une autre étude d'une semaine sur un groupe de patients qui n'étaient pas sous médication a révélé un résultat de bénéfice net de 24,2%, chiffre qui était aussi significatif du point de vue statistique. Il y a même une étude qui n'a pas reporté de bénéfice statistique significatif mais qui a tout de même révélé un avantage net de 12,2% d'après l'évaluation d'Hamilton ; l'échec de n'avoir pas réussi à obtenir un chiffre significatif a dû résulter en partie d'un nombre insuffisant de sujets. Ces études sur des groupes de patients qui n'étaient pas sous médication s'accordent à démontrer les avantages de la luminothérapie.
Deux études européennes importantes ont examiné les effets de la lumière (comparé à une lumière placebo) chez les patients qui étaient également sous antidépresseurs. Ces deux études ont montré un bénéfice net relatif de la lumière par rapport à un éclairage faible de 27%. Comme les groupes qui n'étaient que sous médication ont aussi obtenu des résultats positifs lors de ces études de combinaison de traitement, l'amélioration obtenu par les patients traités par la lumière était notamment impressionnant. Une troisième étude européenne a aussi démontré les bénéfices importants de la lumière par rapport au placebo parmi des patients qui recevaient en même temps des antidépresseurs. Non seulement ces études montrent que la luminothérapie améliore la réaction des patients aux antidépresseurs, mais elles laissent aussi l'impression que le bénéfice de la luminothérapie semble s'accroitre lorsque les patients sont aussi sous antidépresseurs.
Un nouveau traitement par la lumière de la dépression non saisonnière a récemment été testé. Ce qui est ironique, c'est que ce nouveau traitement fut développé par le docteur Neumeister qui travaille sous la direction du docteur Kasper à l'université de Vienne – là où Sigmund Freud fut formé il y a des années de cela. Les psychiatres de Vienne traitèrent des patients atteints de dépression non saisonnière sévère qui avaient reçu des antidépresseurs mais sans résultat. Au début, les médecins de Vienne réveillaient leurs patients au milieu de la première nuit et les gardaient éveillés pendant le reste de la nuit, tout en commençant la luminothérapie et en continuant les médications sous antidépresseurs. Environ 70% des patients se sont sentis radicalement mieux le lendemain du jour où ils avaient été réveillés plus tôt et cette sensation s'améliorait. Environ 35% de leurs symptômes fut éliminés immédiatement. On savait auparavant en Europe que de tels réveils permettaient de combattre la dépression, et ce, dès le jour suivant le réveil précoce, mais les patients avaient en général rechuté presque complètement le jour suivant. En raison de cette rechute, très peu de médecins en Amérique croyaient en la véritable efficacité de la thérapie de réveil. Si l'ajout de lumière peut empêcher la rechute, il existe un nouveau moyen de combattre les symptômes de la dépression sévère en un jour. Il n'existe rien de comparable. Cette excellente réaction à la luminothérapie combinée à la thérapie de réveil et à la prise d'antidépresseurs a été reproduite par d'autres études dans des hôpitaux européens. Notre groupe a aussi reproduit cet effet dans une petite étude patients externes qui se réveillèrent eux-mêmes à deux heures du matin à leur propre domicile. Malheureusement, les études contrôlées de la triple thérapie n'ont pas dépassées deux semaines.
Deux études ont montré que la luminothérapie pouvait être utile chez les personnes âgées dépressives dans les maisons de retraite.
En plus de ces recherches, une autre étude a montré qu'une intensité de 10000 lux était plus bénéfique qu'une intensité de 2500 lux pour une durée de 30 minutes par jour. Cette étude montre en effet que la luminothérapie est un traitement actif. Aussi, deux études ont montré que les périodes nécessaires d'hospitalisation étaient plus courtes quand les patients dépressifs se trouvaient dans des chambres éclairées plutôt que dans des chambres aux fenêtres sombres. Une étude précise a montré que la luminothérapie était utile pour combattre la dépression prémenstruelle.
Il y eut seulement trois études menées avec de bonnes méthodologies scientifiques qui n'ont pas réussi à confirmer les bénéfices significatifs de la lumière dans le traitement de la dépression non saisonnière. Deux de ces études ont en effet montré un bénéfice par toutes les mesures mais les preuves statistiques étaient absentes, probablement en raison du nombre insuffisant de patients. L'autre étude fut malchanceuse : les patients qui étaient sous luminothérapie présentaient des résultats plus faibles au départ que ceux des patients témoins.
Malheureusement, les études ont été menées rarement au-delà d'une ou deux semaines, en raison des résultats persuasifs obtenus en une semaine. Des études sur le long terme seraient le bienvenu. Une expérience clinique anecdotique suggère que le bénéfice de la luminothérapie est conservé avec un traitement sur le long terme ou peut être accru.
En résumé, il est prouvé que la luminothérapie réduit les symptômes de la dépression saisonnière et non saisonnière. En ce qui concerne la dépression non saisonnière, la triple combinaison de la luminothérapie, de la thérapie de réveil et de la médication entraine une réduction de 35% des symptômes en une semaine. Des études sur le long terme sont nécessaires.
La luminothérapie en hiver
2008-10-08
La luminothérapie est-elle seulement bénéfique en hiver ?
La dernière étude sur la luminothérapie dans le traitement du trouble affectif saisonnier (TAS) a donné un résultat remarquable de 52% de bénéfice net en une semaine ; toutefois, on donna de grands espoirs au groupe de patients sous luminothérapie, ce qui ne fut pas le cas pour le groupe sous placebo. Les patients qui avaient de grandes espérances ont souvent révélé une amélioration grâce au pouvoir de la pensée positive mais les bénéfices de la pensée positive doit être séparée du point de vue scientifique des effets de la luminothérapie. Un rapport sur les dernières études montra une diminution des bénéfices nets par rapport à la révision initiale, même si plusieurs de ces études supplémentaires n'ont pas réussi à équilibrer les attentes et les devoirs du placebo. Comme les essais cliniques du TAS ont souvent entrainé des attentes positives à cause du recrutement par annonce dans les journaux, puisque les volontaires ne peuvent pas littéralement être aveugles au traitement et puisque le TAS, par définition, a tendance à disparaître de manière spontanée, les réactions au placebo et les espoirs des sujets restent un problème de taille.
Luminothérapie et anti-depresseurs
2008-10-16
Une perspective sur les antidépresseurs
Pour se faire une opinion des résultats obtenus par luminothérapie, il est utile de comprendre les bienfaits qui résultent de la prise d'antidépresseurs. Des centaines ou même des milliers d'essais cliniques ont été menés sur les antidépresseurs ; il est prouvé que les patients sous médication voient une amélioration plus rapide de leur état par rapport au patients placés sous placebo. Le placebo est un traitement inactif, factice. Néanmoins, de nombreux médecins pensent les bienfaits issus de la prise d'antidépresseurs sont encore plus importants que ce que démontrent les essais cliniques.